Homélie du Père Yannick pour le 5ème dimanche de Carême

Nous avons tous été confrontés à ce sentiment d’incompréhension que provoque la douleur de la mort d’un proche : « Seigneur si tu avais été là… ».

 

Devant la mort de ceux que nous aimons, nous ne pouvons nous empêcher de ressentir au fond de nous comme une révolte : « Seigneur pourquoi n’as-tu pas été là ? Pourquoi as-tu permis cela ? Ne pouvais-tu pas l’empêcher de mourir ? »

 

Quelle va être la réponse de Jésus ? Bien sûr il y a le miracle. C’est le dernier miracle que nous rapporte l’évangile de Jean: Jésus cria d’une voix forte « Lazare viens dehors » et le mort sorti du tombeau, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire !

 

Pourtant ce miracle aussi spectaculaire soit-il, ne résout pas l’angoissante question de la mort ! Certes cette résurrection permet à l’ami de Jésus de revenir à la vie, mais cette vie qu’il retrouve porte en elle les germes d’une mort inhérente à toute vie biologique. Lazare un jour ou l’autre devra à nouveau mourir.

 

Cette résurrection de Lazare n’est qu’un signe qui nous parle d’une autre « Résurrection » qui nous concerne tous et qui est le cœur de la Foi chrétienne : « Moi je suis la Résurrection et la vie. Celui qui croit en moi même s’il meurt vivra : et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ».

 

Croyons-nous vraiment cela ? Croyons-nous que la mort n’est pas le dernier mot de l’existence humaine ? Croyons nous qu’au delà des apparences visibles et palpables il existe une réalité sur laquelle Jésus a tout pouvoir ?

 

« Oui Seigneur je le crois ; tu es le Fils de Dieu » réponds Marthe. Et lorsque dans un moment elle va voir son frère sortir vivant du tombeau, elle va être confirmée dans sa Foi. Car vous l’avez remarqué, elle n’a pas eu besoin du signe pour croire : « mais je sais que maintenant encore Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas… »

 

« Crois-tu cela ? » Voilà la question que l’Evangile nous pose aujourd’hui.

 

On ne peut pas avoir la Foi si on ne croit pas qu’il y a une vie après la mort, mais croire en un « au-delà » n’est qu’un point de départ, point commun à toutes les religions. Mais la Foi chrétienne nous invite à aller plus loin : « Moi Je suis la Résurrection est la Vie » !

 

Jésus n’a pas expliqué l’au-delà de la mort en nous faisant la description du paradis. Jésus n’a pas expliqué comment l’âme se sépare du corps, ou le corps de l’esprit.

 

La réponse chrétienne à l’interrogation la plus fondamentale de l’homme, la vie après la mort, n’est pas une doctrine ou une théorie, la réponse c’est Lui, c’est Jésus Christ !

 

Et le Christ nous dit aujourd’hui : enlevez la pierre!

 

La pierre qui fermait hier le tombeau de Lazare, c’est la pierre de notre incrédulité qui ferme aujourd’hui notre esprit et notre cœur et nous tient enfermé dans nos peurs et prisonnier du pouvoir de la mort !

 

Oui nous sommes véritablement liés au linceul de la mort quand nous refusons de choisir le Christ qui est la Résurrection et la Vie et que nous préférons nous attacher à tout ce qui nous nous tire vers la mort !

 

Quels sont ces « liens » qui comme Lazare nous attachent au linceul de la mort ?

 

C’est à chacun de nous répondre. Mais ne sommes nous pas tous, d’une manière ou d’une autre comme « liés » à ce que l’on veut posséder ou que l’on croit posséder et qui est voué à disparaitre ?

 

Face aux mensonges de ce monde qui passe, il n’y a qu’une vérité : le Christ…l’amour du Fils de Dieu capable d’aller jusqu’au bout, jusqu’à mourir sur une croix !

 

Qu’il est bon d’entendre ces mots de l’évangile : Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Oui Jésus aimait et il ne faisait pas semblant d’aimer, la preuve il a pleuré ! Il a ressenti au plus profond de son être cette douleur d’avoir perdu celui qu’il aimait. L’évangéliste insiste : Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde…alors Jésus pleura et les juifs se dirent voyez comme il l’aimait…

 

Il est « la Résurrection et la Vie » et pourtant il pleure ! Il va redonner la vie à Lazare et pourtant il pleure et ce matin encore devant le drame que traverse notre humanité il pleure avec nous... « Crois-tu cela ? ».

Homélie du Père Yannick pour la fête de l'Annonciation

« Car rien n’est impossible à Dieu » Lc 1, 37

 

Sommes-nous capables aujourd’hui de croire encore au miracle ?

 

Sommes-nous capables de croire que « rien n’est impossible à Dieu » ?

 

Ce que nous célébrons aujourd’hui  n’appartient ni au domaine de la logique, ni à celui de la raison, il appartient entièrement au domaine de la Foi !

 

Il est scientifiquement impossible qu’une  jeune fille vierge puisse « concevoir et enfanter un fils » et pourtant toute la Foi chrétienne est là ! Si nous n’acceptons pas de croire que le Fils de Dieu ait pris chair dans le sein de la Vierge Marie alors qui est Jésus pour nous ?

 

Un homme exceptionnel, un guide spirituel, un maître de sagesse…mais si nous ne croyons pas qu’en Lui « Dieu s’est fait chair et qu’il a habité parmi nous », il a beau être l’homme le plus important de l’Histoire du monde, il ne vit aujourd’hui que dans nos mémoires, il n’appartient qu’au passé. 

 

La question que nous pose cette fête de l’Annonciation, met donc notre Foi « au pied du mur » ! Pouvons-nous véritablement admettre que Jésus ait été conçu dans le sein d’une vierge « par l’action du Saint Esprit » ?

 

L’Evangile que nous sommes tous invités à lire et à méditer (Luc 1, 26-38 ) pose sans équivoque, la conception virginale de Jésus comme le préalable de la Foi d’un chrétien . Si nous n’acceptons pas ce préalable, il nous sera impossible d’aller plus loin sur le chemin de la rencontre et de la connaissance de Jésus Christ…il nous sera impossible d’accueillir le Christ comme Seigneur et Sauveur et de croire que face aux périls qui menacent nos vies « rien n’est impossible à Dieu » !

Homélie du Père Yanncik pour le 4ème dimanche du Carême

Tout le monde connaissait cet aveugle-né à qui on faisait l’aumône en sortant du Temple. Et voilà que cet aveugle est miraculeusement guéri !

 

Ce miracle aurait dû susciter l’enthousiasme et l’émerveillement de tous !

 

Mais au lieu de cela, cette guérison surnaturelle provoque une véritable polémique. Pourquoi ?

 

Parce que cette guérison a lieu un jour de sabbat !

 

Pour les pharisiens, une guérison un jour de sabbat ne peut pas venir de Dieu, car celui qui soigne un jour de sabbat désobéit à la loi de Moïse qui interdit ce jour là toute forme de travail !

 

L’homme qui a guéri cet aveugle ne peut pas être un prophète, ce n’est qu’un imposteur qui ne respecte pas la loi de Dieu !

 

 Et au lieu de fêter la guérison de l’aveugle-né, on le jette dehors…

 

Enfermés dans leur manière de penser, aveuglés par ce qu’ils croyaient être la bonne façon de juger, les pharisiens ont été incapables de voir dans cette guérison un miracle, un signe de Dieu !

 

Dans quelques jours c’est ce même aveuglement qui va les conduire à faire arrêter Jésus et à le faire condamner comme un faux prophète, un blasphémateur !

 

« Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.»

 

Si cet Evangile, les pharisiens nous sont montrés comme ceux qui sont devenus aveugles, c’est aussi pour nous mettre en garde : nous courrons tous le risque de l’aveuglement !  

 

Quand nous nous enfermons dans nos préjugés et nos idées toutes faites, surtout quand il s’agit de Dieu ! Le danger sera toujours de porter sur Dieu un regard étroit et légaliste, ce regard qui fit condamner Jésus par les grands prêtres et les pharisiens.

 

Etre aveugle sur Dieu, c’est ne voir en lui que le « juge suprême » qui tient le compte minutieux de nos fautes, pour un jour ou l’autre « nous faire payer l’addition » !

 

D’ailleurs nous nous apercevons que les disciples eux-même n’étaient pas si éloignés que cela de cette vision : « Pourquoi cet homme est-il né aveugle…est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? ». Vision simpliste mais profondément enracinée dans l’inconscient collectif qui a toujours besoin de trouver un coupable !

 

« Ni lui, ni ses parents » répond Jésus, autrement dit le Mal n’est pas la marque d’une punition vis à vis d’une faute personnelle ou collective. Le Mal reste injustifiable et Dieu le combat sous toutes ces formes. Dieu ne saurait se servir du Mal pour punir l’homme !

 

Si le Mal atteint l’homme c’est toujours contre la volonté de Dieu.

 

Apprendre à regarder Dieu avec le regard de Jésus c’est regarder Dieu comme ce Père à l’amour débordant dont Jésus nous dresse le portrait à chaque page de l’Evangile.

 

Voilà donc de quel aveuglement Jésus est venu nous guérir : l’aveuglement vis-à-vis de Dieu !  Cette fausse vision de Dieu qui conduit au fanatisme religieux, qui légitime la violence, le meurtre, la « guerre sainte »…

  

Mais Jésus est venu aussi nous guérir d’une autre forme d’aveuglement.

 

 « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur »  Tel était l’avertissement de Dieu au prophète Samuel au moment où celui-ci devait choisir un roi pour Israël.

 

Et si la première lecture nous a justement rappelé cet avertissement c’est bien pour souligner le message de ce quatrième dimanche de Carême : nous sommes aveugles si nous ne regardons qu’à la manière des hommes.

 

Pour que nos yeux s’ouvrent, il nous faut apprendre à regarder à la manière de Dieu !

 

Il nous faut apprendre à renoncer à ne penser et à ne juger que selon les apparences.

 

Et cela devient très difficile dans une société qui a donné tant de place à l’image, une culture médiatique où la forme prime dangereusement sur le fond.

 

Difficile de prendre de la distance avec ce que l’on voit, ou plutôt « avec ce que l’on nous montre ». Car il est là tout le piège dans lequel peut nous enfermer la civilisation de l’image : oublier que ce que l’on voit à la télévision ou sur internet, c’est ce que l’on nous montre, ou plus exactement ce que l’on veut nous montrer !

 

Or celui qui ne voit qu’à travers le regard des autres est un aveugle qui s’ignore…son regard a besoin d’être libéré !  Le carême nous invite aussi à cette libération !

 

Nous savons tous que notre manière de penser est influencée par ce que nous écoutons, ce que nous lisons et ce que nous regardons.

 

Nous croyons être libres dans nos jugements  mais si nous ne nous laissons pas éclairer par la Lumière du Christ pour conduire notre cœur vers la Vérité, alors nous deviendrons tous des aveugles, prêts à se laisser guider par ceux à qui nous donnons le pouvoir de manipuler nos peurs.